P’TIT GLOB: Cosenza, une ville qui se mérite…

En Calabre, dès qu’on quitte le rivage, on grimpe des virages… Une longue route sinueuse parcourt les montagnes reculées de l’arrière-pays pour nous mener dans la troisième plus grande ville de la région. Et ce n’est qu’en parvenant à son sommet qu’on la découvre, dans sa partie ancienne et sa splendeur déclinante.

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Il faut un effort pour s’arracher à notre maison sur la plage de Capo Bonifati… Cet effort semble bien mal récompensé lorsque, après plus d’une heure de route dans cet arrière-pays ombreux et boisé qui succède à l’éclat turquoise des plages calabraises, entre ces sommets verts et déserts qui surplombent la mer, et surprennent à chaque instant par la densité de leurs arbres, l’altitude des pics rocheux où sont perchés des villages, l’immensité altière des horizons… on découvre l’immense et grisâtre périphérie de Cosenza. Elle surgit comme un furoncle inattendu dans cette vallée qui se dégage brusquement de  la gangue des montagnes…

Tout ce chemin en valait-il la peine, comme le prétendait le Guide du Routard qui trouve à Cosenza des airs de « petite Naples » ? A première vue, le Routard nous a guidé vers l’une des éclatantes déconvenues qu’il sait si bien ménager à ses lecteurs !

La ville s’étire interminablement, alignant ses immeubles à loyer modéré (sans doute) et ses tours d’allure stalinienne, entre des rues presque aussi rectilignes que celles d’une banlieue américaine – mais les déchets qui jonchent les rues nous rappellent qu’on est quand même en Italie !

Il faut parvenir jusqu’au sommet de Cosenza, sur lequel se dresse un château délabré, et sur une placette, demander des informations aux dames qui papotent en rond, assises devant leurs portes – justifiant ainsi les dires du Routard quant aux faux airs napolitains de la ville. Mais oui, si on redescend par les escaliers de pierre, entre les ruelles escarpées, on parviendra au vrai cœur historique de la vieille ville. Et c’est là, en effet, qu’on découvre enfin toute sa superbe.

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La Préfecture (Palazzo del Governo) ouvre ses portes sur le beau panorama montagneux qui entoure la ville.20180808_1908041

 

Le Palazzo del Governo fait face à un théâtre 20180808_190312qui témoigne de l’effervescence culturelle et des splendeurs bien déclinantes de cette ville autrefois prospère. Dans la patrie de l’opéra, Cosenza tient haut son rang, et ne compte pas moins de quatre théâtres, où l’art lyrique est encore très représenté.

En pénétrant dans l’entrelacs de ruelles étroites, jonchées de détritus et hérissées de pinces à linge, on découvre des immeubles très délabrés; des mammas felliniennes prennent le frais aux fenêtres, des chats se glissent entre des gravats, et on se dit que finalement, le Routard n’avait pas si tort que ça, avec ses comparaisons napolitaines.

Exit la ville nouvelle qui ne déshonorerait pas la banlieue moscovite, revoici l’Italie du sud, avec tout son pittoresque et son charme lumineux, qui fait pardonner jusqu’à la négligence désinvolte des habitants, qui semblent balancer par les fenêtres tout ce dont ils veulent se débarrasser, et l’incurie de son administration, qui laisse se dégrader un précieux patrimoine. Les somptueuses façades historiques sont pour beaucoup dans un état de délabrement avancé, comme laissées à l’abandon – même si la municipalité a pris le soin de tracer des itinéraires dans ce « musée à ciel ouvert », à l’intention des touristes, et de parsemer sur les murs de grands tableaux représentant la victoire d’Hannibal et ses fameux éléphants – ah bon, c’était ici ?

Des graffeurs ont pris possession d’autres façades, dans un style plus fantaisiste.

 

 

Près de la place du Dôme, superbe, on découvre aussi derrière une porte cochère entrebâillée un très beau couvent

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ou un site de fouilles archéologiques.

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Et face au Dôme…

20180808_1816341… LE café, celui qui est célèbre ici depuis deux-cent ans – une institution, et même un mécène pour la ville, puisqu’il a contribué à rénover certains des palais historiques : le Gran Caffé Renzelli.

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Sa terrasse et sa salle à l’ancienne, avec son magnifique comptoir et son piano, ne suffiraient pas à expliquer sa renommée…

il y a aussi ses délicieuses pâtisseries, cannoli siciliani, avec du citron et de la pistache de Calabre, babas napolitains, merveilleusement légers, tartes sablées à la fabuleuse amande fraîche locale et aux abricots… et surtout, nous explique le patron, très heureux de vanter les mérites et l’histoire de son établissement, la spécialité du lieu depuis ses débuts, la fameuse Varchiglia alla Monacale. Le patron m’explique que cette appellation vient de la forme des bateaux, comparable à celle des barques espagnoles (varcas) qui firent ici leur incursion il y a plusieurs siècles.

20180808_173841Il n’en faut pas plus pour nous convaincre de goûter cette petite merveille (chocolat dedans, chocolat dessus, pâte aux amandes, et malgré tout, ce n’est en rien écœurant) accompagnée d’une granita dans laquelle la glace pilée se mélange à un vrai bon café italien, le tout surmonté par une crème fouettée – à la main, précise le patron. Mémorable…
Si l’archéologie, les palais, les couvents, le Duomo, les places, les façades, les peintures, ne vous ont pas convaincu, il vous reste une excellente raison de pousser jusqu’à Cosenza, si vous flânez sur une plage calabraise : le Gran Caffé Renzelli.

Cosenza se mérite… mais elle sait vous remercier de vos efforts !

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