P’TIT GLOB – Portugal : A Lisbonne, le street art ne date pas d’hier…

Changement de cap, un mois après Dublin, j’étais le week-end dernier à Lisbonne : ici, nul besoin de peinture pour jeter de la couleur dans les rues… et pourtant, les fresques murales y sont tout aussi nombreuses. Presque une tradition !

Une BD murale haute en couleurs, pour raconter l’histoire de la ville…

Je vous parlais tout récemment des collectifs d’artistes qui donnent de la couleur aux rues de Dublin, et transforment les façades en tableaux géants au bénéfice des sans-abris de la capitale irlandaise. Ici, à Lisbonne, c’est le blanc des murs, notamment dans le vieux quartier de l’Alfama, qui semble donner aux artistes l’envie de s’en servir de toiles, et de tremplin pour l’inspiration.

Sur une façade, dans le vieux quartier de l’Alfama

Sur ces toiles vierges, ils sont nombreux à laisser libre cours à leur imagination. D’ailleurs, un des grands noms du Street Art est originaire de Lisbonne : Alexandre Farto, alias Aka Vhils, est né en 1987 à Seixal, dans la banlieue lisboète. Aujourd’hui mondialement connu, notamment pour ses visages géants, qu’il parsème dans les rues du monde entier – et bien sûr dans sa ville natale – il utilise des techniques particulières, avec burin et marteau-piqueur. Il sculpte par exemple des affiches publicitaires, creuse et grave les différentes couches de papier pour faire apparaître des portraits – il entend ainsi rendre la ville à ses habitants, célèbres ou anonymes, qui la font vivre… et s’opposer à la « déshumanisation » des grandes agglomérations à l’urbanisation galopante.


“Calçada”, un hommage à la diva du fado Amália Rodrigues, au 42 rua dos Cegos, à Lisbonne (juin 2015).

En 2008, la municipalité a donné aux artistes des espaces réservés, les encourageant à s’approprier des murs décrépis comme de certaines façades classées, envahies par des tags et graffiti, ainsi que du mobilier urbain; la Galerie d’Art Urbain a été créée pour gérer les différents projets, et a déjà soutenu plus de 600 oeuvres et artistes du monde entier.

Mais depuis toujours, des artistes s’approprient Lisbonne, pratiquant le « street art » bien avant que le terme “street art” apparaisse…
Comme dans beaucoup de villes du sud de l’Europe, les sculptures ou la peinture religieuse se sont toujours intégrées au paysage urbain, nichées dans des ex voto… Mais ici, comme nulle part ailleurs, on a dessiné sur les murs des histoires (religieuses ou pas, selon les époques), dès le 16ème siècle grâce aux azulejos, ces petits carreaux de faïence bleu et blanc, symboles du Portugal, que vous pourrez d’ailleurs mieux connaître si vous passez par Lisbonne, grâce à un musée dédié que leur consacre la capitale.

Dans le quartier médiéval si pittoresque de l’Alfama, au détour des ruelles escarpées, qui descendent du château de vers le port et le Tage, on retrouve des peintures traditionnelles, reprenant les éléments du folklore local.

Mais aujourd’hui, les artistes n’ont plus forcément la foi, ni le respect des traditions. Ils préfèrent les visages des simples habitants à ceux des madones, comme Camilla Wilson, artiste anglaise qui a photographié en noir et blanc des personnages de la vie quotidienne du quartier dont le portrait orne les murs, non loin de là où ils vivent, ou ont vécu – on peut les retrouver tous sur le site de l’artiste. Ils croquent avec l’humour l’histoire de Lisbonne dans de petites cases, façon BD géante, sous un porche, près des Portas del Sol (portes du soleil).

Sur le chemin qui descend du château de São Jorge vers l’Alfama, près des escaliers de São Cristóvão, un groupe d’artistes a retracé l’histoire du fado.

Ils font surgir de drôles d’extra-terrestres entre deux façades blanches, un sein sur un rideau de fer, imaginent des anges pas très catholiques et des voyageurs à dos de poisson.

Bref, ils animent joliment la balade dans l’Alfama, incontournable quand on visite Lisbonne, et mettent de la poésie, de la drôlerie, des couleurs tendres ou gaies, dans l’entrelacs de ses ruelles.

Quand vous viendrez dans la capitale portugaise, vous verrez sans doute d’autres couleurs, d’autres dessins, d’autres fresques murales : c’est bien tout l’intérêt du Street Art d’être vivant, et en perpétuel mouvement.

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