Jeudi dernier, j’ai eu le plaisir d’assister au vernissage presse de l’expo « Van Gogh, la nuit étoilée », à l’Atelier des Lumières, dans le 11ème arrondissement : pas tant une expo qu’une balade virtuelle dans l’oeuvre de l’artiste. Bluffant !

Des expos immersives et virtuelles… mais sans tableaux : c’est le pari de l’Atelier des Lumières. J’avais publié en avril dernier, à l’occasion de l’inauguration de ce musée d’un nouveau genre, baptisé « centre d’art numérique », une actu dans Version Fémina. « Le numérique est un formidable vecteur de diffusion, capable de créer des passerelles entre les époques, de faire vibrer les pratiques artistiques entre elles, d’amplifier les émotions, de toucher le plus grand nombre », expliquait alors Bruno Monnier, président de Culturespaces, qui a mis au point en 2012 le procédé AMIEX® (Art & Music Immersive Experience) utilisé ici. Selon lui, ces nouvelles façons de s’approprier l’art sont aussi un moyen de décloisonner la culture, la rendant accessible à tous : « On s’approprie l’art par les émotions que procure l’immersion, on est emporté dans une aventure sensorielle qui renouvelle l’approche des plus grands noms de l’histoire de l’art», assure-t-il. Moins d’un an après, en visitant cette nouvelle exposition qui met à l’honneur Van Gogh, on est tenté de lui donner raison.

J’étais plutôt dubitative, pourtant, sur cette façon de faire de l’art l’une de ces attractions virtuelles qui distraient le bon peuple, avide de loisirs à sensation et de ces illusions de réalité dans lesquelles nous sommes de plus en plus souvent invités à vivre. Et pourtant…
Ici, on visite l’oeuvre de l’artiste sans jamais voir la moindre de ses toiles « pour de vrai ». On est pourtant environné de son talent, de façon spectaculaire; on découvre les tableaux, mais aussi l’époque, l’univers de Van Gogh, du Paris du XIXème siècle, avec des photos d’époque, à la Provence, entre Arles et Saint-Rémy, parmi les tournesols et des champs de lavande…
Plus de 3000 images sont mises en mouvement sur 3 300 m2 de surfaces, du sol au plafond (les murs s’élèvent à dix mètres), grâce à 140 vidéoprojecteurs laser et à une sonorisation spatialisée.
Avouons-le, on se sent rarement aussi proche de l’artiste et de son oeuvre dans les « vrais » musées – car il n’est pas toujours facile de plonger pleinement dans un tableau, de se laisser émouvoir et emporter par ce qu’il suggère, lorsqu’on l’aperçoit derrière une vitre, entre les têtes de visiteurs et touristes qui se poussent pour le contempler à la queue leu leu, dans un brouhaha de paroles en toutes langues, de jugements picturaux plus ou moins avisés… et pas question de s’attarder, on est prié de laisser regarder les voisins et de passer à l’oeuvre suivante !

Rien de tel à l’Atelier des Lumières, où l’espace est suffisamment grand pour que chacun se sente à l’aise et au large – même si, soyons juste, c’était un vernissage presse et non une visite aux heures d’affluence.
Mais surtout, c’est un lieu où l’oeuvre vous environne, vous capture, vous englobe… pas besoin de se pousser ni de faire la queue, l’oeil de Van Gogh vous suit et vous regarde, où que vous soyez dans la salle.
Autre atout de ce type d’expo, le parcours scénique nous fait visualiser en une seule « balade » l’immense production de l’artiste, qui peignit plus de 2000 tableaux durant les dix dernières années de sa vie; vous ne verrez jamais, sauf virtuellement, tant de ses oeuvres réunies au même endroit au même moment : des Mangeurs de pommes de terre (1885), aux Tournesols (1888) , en passant par La Nuit étoilée (1889) ou La Chambre à coucher (1889). Au delà de l’oeuvre, vous avez aussi l’impression de plonger dans cet esprit tourmenté – impression soulignée par les plongées soudaines dans la pénombre, l’éclat brutal de la lumière qui vient éclairer les périodes radieuses et la beauté des tournesols… ainsi que par un choix musical éclectique dont la puissance d’évocation s’accorde parfaitement aux tableaux mais aussi à la grandeur et à la folie de celui qui les a peints.
Au centre de l’atelier, une « citerne » présente toutes les toiles dans leur intégralité, avec des commentaires sur l’oeuvre et le musée où elles sont présentées.
Cette création visuelle et musicale est réalisée par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi. A voir absolument (il vous reste du temps, elle dure jusqu’à la fin de l’année !) et tant pis si ce n’est pas tout à fait une expo artistique, avec de vrais tableaux… vous en ressortirez quand même avec l’impression d’avoir vécu un petit moment de la vie de Van Gogh !
En bonus, vous ferez aussi un voyage au Japon : entre deux projections dédiées à Van Gogh, un programme court baptisé « Japon rêvé, images du monde flottant », vous immerge dans l’océan imaginaire d’Hokusai – sa fameuse vague vient vous frapper de plein fouet, accompagnée de la musique de Debussy qui s’inspira de cette oeuvre.

Les estampes d’artistes moins connus en Europe, mais qui influencèrent Van Gogh, très imprégné de « japonisme » comme tous les artistes de son époque, se succèdent, vous promenant entre cerisiers en fleurs et samouraïs, éventails de geishas et sabres de samouraï, forêt magique et personnages du folklore traditionnel. « Sous la lumière du Sud, tout est devenu japonais », avait écrit Van Gogh, de Provence, à son frère Théo.










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