P’TIT GLOB – Au couvre-feu, les mouettes rigolent…

C'est comment, une plage après l'heure du couvre-feu ? Comme je passais, vers 18H30, non loin de celle de Valras, dans l'Hérault, j'ai eu envie d'aller voir. Il y a déjà trop longtemps que le soleil se couche sans nous...
Plage de Valras, Hérault, au coucher du soleil
La plage de Valras, dans l’Hérault, au coucher du soleil

Il y a longtemps que je n’ai rien écrit ici, sur ce blog que j’ai créé pour partager des découvertes, des émotions, des paysages, des senteurs, des saveurs, des rencontres… bref, tout ce qui fait le bonheur du voyage, que ce soit tout près ou très loin. Mais voilà, depuis un an déjà, il n’est plus question de voyages. Notre monde se confine, nos frontières reculent, et nous sommes actuellement replongés dans une de ces périodes intermittentes où elles nous enferment à seulement dix kilomètres autour de chez nous… Dix kilomètres, ça fait peu pour les découvertes !

Comment diable avons-nous pu accepter si facilement et si rapidement de renoncer à la liberté pour une illusion de sécurité ? Cela aurait pu être une question pour bac de philo, quand les lycéens passaient encore le bac … Pour moi, en tout cas, c’est un sujet d’étonnement qui ne cesse de se renouveller; chaque nouvelle mesure grignote un peu plus nos possibilités d’aller et venir comme bon nous semble.

Nous voilà obligatoirement masqués, comme dans les pays intégristes qui empêchent les femmes de respirer librement; nous voilà groupés et massés dans les magasins qui ont encore le droit d’ouvrir, vite, avant qu’ils ne ferment; comme dans ces dictatures communistes d’autrefois, où on faisait la queue pour une miche de pain; nous voilà tenus de montrer patte blanche dès que nous franchissons certaines limites au-delà de notre foyer, comme dans ces temps reculés où il fallait montrer un laissez-passer à des gardes, aux portes des cités médiévales; nous voilà empêchés de passer les frontières des pays voisins, et nous voilà même, depuis peu, empêchés de boire de l’alcool dans les espaces publics. La génération dont je fais partie a peut-être encore plus de mal à y croire. Qui aurait imaginé, parmi les enfants libres des années hippies, qu’il aurait à courir, au prochain millénaire, pour rentrer chez soi avant l’heure fatidique du couvre-feu ?

Qui sait où nous allons ? Une maladie jusqu’alors inconnue fait planer sur le monde entier sa menace mortelle, et ses variants se multiplient plus vite que les vaccins. Face à ce risque, faut-il regretter de ne plus pouvoir aller où bon nous semble, quand bon nous semble, le nez au vent ? De ne plus pouvoir prendre un avion et partir découvrir ce qui se passe ailleurs ? De ne plus pouvoir, simplement, aller voir un coucher de soleil sur la plage ? Sans doute cela ne sera-t-il qu’une courte période, que nous évoquerons avec un sourire et la nostalgie des anciens combattants, un jour, en la racontant à nos petits-enfants.

Qui peut dire si toutes ces mesures coercitives étaient la bonne solution ?

L’histoire en jugera.

Peut-être nos dirigeants, tous aussi surpris que nous par l’arrivée de ce fléau mondial, affolés par la submersion de leurs systèmes médicaux, ont-ils sincèrement fait ce qu’ils pouvaient imaginer de mieux… Ou peut-être ont-ils saisi cette occasion inespérée de brider un peu mieux les troupeaux agités que nous sommes – ces limitations inédites à nos libertés, qui auraient semblé inacceptables en Occident il y a seulement un an et demi, sont venues à point pour contrer les débordements exaspérés qui se multiplient, depuis une bonne décennie, dans nos démocraties fatiguées, provoquant des jacqueries et des révoltes sporadiques, des gilets jaunes et des blacks blocs, des taguages d’Arc de Triomphe et des invasions de Capitole, mettant au pouvoir des populistes mégalos un peu partout sur la planète (bon, ils peuvent aussi se faire éjecter, l’Amérique vient de le prouver…. comme quoi il ne faut jamais désespérer !)

Au loin, une silhouette… on est deux avec les mouettes…

Mais en attendant, sur les plages, les mouettes rigolent. Oui, ce soir, sur la plage de Valras où elles étaient seules à admirer le soleil se coucher, elles ricanaient franchement. Peut-être était-ce de bonheur, celui d’être libérées de nous.
A cette heure interdite, il n’y avait plus que deux pêcheurs qui finissaient de pêcher. Un petit bateau qui faisait des manoeuvres pour rentrer à quai. Il y avait un couple qui prenait l’apéro sur le sable, se mettant ainsi doublement hors la loi. Et puis, il n’est plus resté qu’une lointaine silhouette, tout au bout de la digue qui barrait l’horizon. Elle et moi. Avec des kilomètres de plage entre nous, et le bruit de la mer.

La fin (provisoire ?) du monde que nous connaissions n’a pas que des mauvais côtés : avoir l’exclu d’un coucher de soleil sur la plage, à partager avec les seules mouettes moqueuses, ça réconforte (un peu) de tous ces horizons barrés, de toutes ces évasions manquées… Bientôt, espérons-le, nous pourrons à nouveau voyager, et suivre autant qu’on veut les couchers de soleil, aussi libres que des oiseaux de mer…

Laisser un commentaire

Site Web créé avec WordPress.com.

Retour en haut ↑