Picassiette, le facteur Cheval de Chartres

Découverte en marge d’une récente visite de Chartres, l’étonnante maison Picassiette est une petite merveille de fantaisie et de poésie. L’humanisme et la folie douce de son constructeur transparaît dans chacune de ses compositions colorées. A découvrir !

La maison Picassiette, en périphérie de Chartres

Cette bicoque au drôle de nom est celle d’un modeste ouvrier, Raymond Isidore, qui a construit seul, des années 38 à 64, ce monument d’art naïf avec… de la vaisselle cassée ! Rebaptisé Picassiette, clin d’oeil au maître, Picasso – lequel vint d’ailleurs visiter la maison lorsque sa renommée eût dépassé les limites de la ville – et bien sûr à sa pratique artistique bien particulière, Raymond Isidore passait des heures à chercher de la vaisselle de table pour ses œuvres !

Avec ces éclats d’assiettes, tasses et autres théières (on voit parfois surgir sur les murs les petits becs de ces dernières) il recouvrit entièrement le pavillon qu’il avait bâti de ses mains. Jusque dans le jardin où il aimait planter des fleurs à foison, tout est décoré de cette céramique formant des arabesques et des sculptures multicolores, des roses, des trônes et des statues, recouvrant même le mobilier, du lit jusqu’à la machine à coudre de madame Isidore ! Celle-ci racontait qu’elle craignait de s’éveiller un matin recouverte entièrement de mosaïque ! Un peu fou, son mari, certes… mais attentionné : il planta des fleurs à foison dans le jardin de la maison, parce que son épouse les aimait ! Et parce que, comme ses créations de céramique, elles mettent de la couleur, de la beauté, du bonheur, dans ce monde qui en manque… Raymond Isidore, dont on peut lire des citations affichées dans le jardin, et qui finit ses jours en hôpital psychiatrique, était un humaniste angoissé, en quête d’idéal et d’une solution au malheur.

C’était aussi un écologiste avant l’heure, qui parcourait chaque jour plusieurs kilomètres à pied pour rechercher la matière première à son art : « J’ai fouillé toutes les poubelles, les déblais, les endroits où l’on vide les ordures des environs », racontait-il. Pour ramasser « ce que les gens dédaignent et rejettent dans les carrières et les dépotoirs et qui peut encore servir. »

C’était enfin un rêveur éveillé, qui donnait forme, le jour, à ses visions nocturnes, et ceci sans jamais avoir pris le moindre cours de dessin ni de scuplture. Comme s’il avait été touché par la grâce de l’art, lui qui était aussi imprégné de religion et a reproduit minutieusement en mosaïques la cathédrale de Chartres, ou créé des statues en hommage à Marie.

Picassiette, c’est un peu le facteur Cheval » de Chartres, un artiste autodidacte qui voulait vivre ses rêves et embellir le monde, sortir les hommes de leur misère et donner à tous « envie de vivre dans les fleurs et dans la beauté ».

En pratique

Maison Picassiette, 22 rue du repos à Chartres, entrée 9€ plein tarif, http://www.maison-picassiette-chartres.com/

Un petit bistrot très sympa en sortant, tout à fait dans l’esprit Picassiette avec ses chaises colorées et ses tasses accrochées aux branches des arbres !

RETROUVEZ MON ARTICLE COMPLET SUR UN WEEK-END A CHARTRES DANS LE DERNIER NUMERO DU MAGAZINE « EN TRAIN » (numéro 3, décembre 2024, en vente en kiosques)

Un commentaire sur “Picassiette, le facteur Cheval de Chartres

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Site Web créé avec WordPress.com.

Retour en haut ↑